mercredi 1 avril 2009

Cheval Santé n°60 février-mars 2009

Merci à Emmanuelle THOMAS pour son bel article dans le numéro de février - mars de cheval santé


"Travailler au rythme du cheval"

"Oronce de Beler laboure les vignes à cheval en Bourgogne. Cette activité demande aux chevaux de trait de l'endurance et de la précision.

Pourquoi utiliser le cheval dans les vignes ?
Le labour de la vigne permet d'aérer et de décompacter le sol. Il oblige les racines de la vigne à descendre et à exploiter au mieux "le terroir". Il vise aussi à réguler l'enherbement, qui peut pénaliser le rendement des vignes. Le cheval est utilisé dans les vignes difficilement accessibles par les engins viticoles. La traction équine à par ailleurs un réel intérêt agronomique : celui de ne pas tasser les sols. Les études menées à l'Inra montrent qu'en moyenne un sol travaillé avec un cheval est quatre fois moins tassé qu'un sol labouré mécaniquement. Le poids d'un cheval de trait de gabarit moyen est inférieur à un tracteur, et il n'est pas appliqué en continu mais pied par pied. Quant à l'outils de travail du sol, il est toujours derrière le cheval.

Quelles sont les caractéristiques d'un bon cheval de labour ? Existe-t-il une race plus adaptée qu'une autre ?
Il s'agit avant tout de choisir des chevaux avec un bon mental, calmes. Ils doivent en effet travailler souvent en bords de route, dans un milieu où circulent des tracteurs, ou même des hélicoptères. Le travail demandé est assez précis : les rangs sont serrés et il faut faire attention aux fils de palissage de la vigne, aux poteaux et bien sûr aux ceps de vigne. Morphologiquement, il est préférable d'avoir des chevaux au dos plutôt court de façon à tourner facilement entre les rangs de vigne. En Cote d'Or, l'écartement entre chaque rang de vigne est généralement de 1 m, voire 90 cm. Idéalement ce sont des chevaux trapus, de gabarit moyen, avec une allure lente, mais endurants. En ce qui me concerne je travaille avec un percheron. Dans la région, les deux races dominantes sont les trait auxois et le comtois.

Quel est le rythme de travail ?
Au cours de la pleine saison des labours, c'est-à-dire de novembre à juillet, je travaille avec mon cheval six heures par jour, 6 jours sur 7. Avec des pauses bien sûr, mais elles ne se font pas régulièrement, mais plutôt en fonction des besoins du cheval. Quand je vois qu'il ralentit, je fais une pause. Labourer la vigne est assez physique pour le cheval. Pas forcément en termes d'effort de traction : à ce niveau il est plutôt en sous régime, mais plutôt en termes d'endurance. C'est un travail moins physique que le débardage par exemple. A noter que le labour est dépendant des conditions météorologiques : quand il pleut ou quand le sol est trop détrempé, on ne travaille pas pour ne pas abîmer et tasser le sol.

Comment gérez-vous l'alimentation ?
Mes chevaux sont au pré toute l'année, avec un abri à disposition. L'alimentation est le point le plus important pour un cheval au travail. Elle est adaptée à l'effort fourni. En période de travail, je donne un mélange de céréales (50 % d'orge aplatie, 30 % d'avoine aplatie, et 20 % de maïs floconné), dans des volumes variant de 8 à 12 l. J'adapte l'alimentation avant le début du travail. Après une période creuse, si je dois travailler le lundi, je commence avec 2 l le vendredi et le samedi, puis 6 l le dimanche, et le lundi, jour de travail, je le nourris avec 4 l le matin, 4 l après le travail et 4 l le soir. Pendant la période de repos (août - octobre), je stoppe l'apport de céréales, sauf si l'état du cheval le nécessite. Le seul complément à l'herbe est constitué par du foin pendant cette période.

En termes de santé, quels sont les points auxquels vous attachez le plus d'importance ?
Je fais un check-up lors de chaque pansage. Je vérifie notamment si les tendons sont chauds. Les boiteries sont assez rares chez les chevaux laboureurs. Il faut faire attention aux problèmes de fourbure mais aussi à la piroplasmose. Pendant le labour, le principal souci : les taons ! Une vraie calamité malgré l'emploi de produits répulsifs. Après le travail, notamment en été, je douche mon cheval, au moins sur les membres, généralement chez les vignerons.

Disposent-ils d'une ferrure adaptée ?
Non, ce sont des chevaux qui usent peu leurs fers, car ils évoluent peu sur des terrains durs. Les trajets entre le lieu de travail et le "domicile" sont effectués en van. Une fois dans les vignes, le sol des parcelles est parfois caillouteux et durci, mais ce n'est pas du bitume. La ferrure des chevaux laboureurs est classique, et plus posée pour des questions de facilité d'entretien. En ce qui me concerne je fais un essai "sans fer" avec Prosper, cela ne pose pas de souci mais demande un suivi régulier avec un coup de râpe tous les 2 à 3 jours. C'est un choix personnel."
PROPOS RECUEILLIS
PAR EMMANUELLE THOMAS
CHEVAL SANTE N°60. FEVRIER-MARS 2009

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